Quand je regagnai le bercail familial déserté, le flux (ou plutôt le flou) continu de mes pensées était loin de m'amener à une analyse
aussi aboutie que celle livrée précédemment.
Les sillons qu'avaient creusé le plaisir et l'adrénaline dans mon corps m'accablèrent en même temps que ma solitude retrouvée...
J'étais creux, fatigué, vide, las... Désenchanté comme un adolescent extirpé d'un de ses rêves de parangon et qui réalise avec douleur à son réveil qu'on a remplacé ses
ailes flamboyantes par deux vieilles jambes branlantes entre lesquelles se balance la misérable pendule de son existence...
Vague à l'âme. Vague à l'âme.
Vagalam-Vagalam-Vagalam-Vagalam-Vagalam-Vagalam-Vagalam!!!
Martèlement autoritaire de la bande d'arrêt d'urgence
épousant sous mes roues le fil de mes pensées.
Coup de volant.
Coup de klaxon furieux.
Coup de sang.
Coup d'accélérateur.
Coup d'oeil dans le rétro.
Coup de boutoir d'un camion évité de justesse.
Coup de klaxon encore plus furibard.
Coup de ras-le-bol.
Abaissement de vitre.
Coup de majeur.
...Coup de blues...
Je rentrai chez moi comme un danger public dans un état d'ébriété factice, abreuvé du nectar de ma mélancolie mal distillée... J'eus beaucoup
de chance de ne blesser personne lors de ce périple, aveuglé par la rage puérile contre l'instant qui finit, étranger à moi-même.
Je freinais sèchement dans l'allée. Le crisssement de mes pneus sur le gravier fut accueilli par un haussement d'épaules circonspect du
voisin qui taillait sa haie. Je devais déjà avoir repris le contrôle de moi-même, car je lui hurlai un chapelet de jurons .. en pensée seulement.
J'ouvris la porte de la maison. Dans l'entrée le comité d'accueil était au grand complet: les valises pleines bombèrent le torse en me voyant tandis que les sacs de linge
sale formaient une ronde guillerette. Bienvenue sur Terre. Et, précédant ce ballet textile de toute beauté, Newton, qui m'adressa un miaulement famélique plein d'entrain.
J'acceptai mon châtiment et courus acheter à Newton de quoi dissuader une armée de Huns obèses de tenter le moindre siège avant au moins l'époque moderne...
Elle m'offrit les faveurs - et la primeur - de la chaude intimité de son lit. Et c'est avec le plus grand naturel qu'elle se délesta de son
peignoir pour se blottir à mes côtés. J'accueillis d'une épaule offerte ce doux présent. Elle s'assoupit presque aussitôt. J'écoutais le chuchotement de son souffle lent et apaisé en fixant
l'obscurité claire du plafond, enivré du bien-être présent... Son corps endormi irradiait un halo de chaleur suave sur ma peau, délicieusement propagé par le soulèvement régulier de sa poitrine
contre mon flanc.
Cette promiscuité immobile aidée de ma méditation extasiée, je sentis poindre un commencement d'érection... Encore. Timide mais déterminée. Je me maudissais
intérieurement. "...que tu ne me laisserais pas dormir toute seule..." Putain redescends! Mais la ligne brisée devint arc, et l'arc se redressa en un flèche dont la pointe piqua le coude de la
belle rêveuse... Et la délivra de son sommeil.
Caroline s'étira contre moi à la façon d'une chatte...
... couvrit ma
cuisse de la sienne ...
... et massa mon pénis de sa paume ouverte.
Nous fîmes l'amour lentement, pesamment, comme si de trop vifs élancements auraient risqué de nous briser en morceaux... Elle se percha sur
moi et me maintins ainsi entre ses douces cuisses. L'immobilité sensible de notre étreinte faisait retentir chaque vibration de plaisir au plus profond de nos êtres. Elle me garda enfoui, faisant
ployer autant qu'elle étayait mon sexe dressé en elle. Les effluves de son parfum délicat enrobaient cette dernière communion silencieuse.
Un léger basculement de sa croupe ... sa poitrine reposant contre la mienne ... ses doigts enserrant mes épaules ... son souffle fièvreusement étouffé à mon
oreille...
Mes cuisses se tétanisant ... mes mains ceinturant sa taille ... et l'essence de mon désir s'épanchant doucemment en elle pour ruisseler vers le seuil de notre union.
Elle imprima un délicat mouvement à son bassin, laissant perler les dernières gouttes en elle...
Et couvrit mes lèvres d'un baiser ...
Le premier ... l'ultime ... dramatique et passionné ... apogée d'un instant ... immolant l'amante de sa belle mort pour accueillir l'amie
naissante.
Je ne sais plus ce que nous nous sommes dits ensuite. Nous avons dormi paisiblement et je suis reparti sous un soleil déjà déclinant, empli
d'une fatigue sereine et nostalgique....
J'ai revu Caroline de nombreuses fois et je la revois toujours.
Elle est devenue une amie précieuse.
Souvent nous parlons simplement.
Parfois nous laissons notre tendresse mutuelle se débrider au-delà des mots.
Les moments que nous passons ensemble échappent aux contraintes du temps...
Amoureux? Non. Le quotidien serait notre ennemi...
Je veux rester fasciné, transporté, transformé par l'oasis de sa présence.
C'est là que j'appris réellement à connaître la jeune femme. L'échange fut nourri du sel de nos existences, agrémenté de rires et de silences... (aux antipodes des
discours de ma malheureuse rencontre de début de soirée). Caroline avait quitté son chewing-gum et avec lui l'épaisse carapace qu'elle m'avait toujours proposée. Ses traits trouvèrent à mes yeux
une finesse insoupçonnée et son regard une présence autrement plus subtile...
J'appris en substance que ladite carapace était l'oeuvre involontaire de Fred qui avait voulu maintenir le lien entre elle et sa Sophie. (Aaah... Fred. Bref.) et qu'elle
s'en drapait uniquement pour investir ces soirées que les vestiges d'une amitié lui imposaient. (compliqué les filles... Bref.) Elle rit de bon coeur quand je mentionnais la parade nuptiale
qu'elle avait entreprise au night-club et m'expliqua que tout accaparé que j'étais à ce moment j'avais dû louper la tête prudement horrifiée de Sophie devant pareille débauche (vestiges d'amitié
hein? Bref...)
Ce court sujet épuisé nous glissâmes doucement sur le lit tortueux de nos vies, épreuve assez convenue dans une rencontre mais si riche de surprises. Elle me conta sa
propre histoire, de son père qui les avait quittées elle et sa mère alors qu'elle n'avait que 6 ans, de la farouche quête d'indépendance qui en avait découlé, de son entrée précoce dans un milieu
professionnel essentiellement masculin où elle avait dû essuyer nombre de remarques sexistes et de regards libidineux avant de s'affirmer...
De toute évidence elle avait vécu bien des expériences comparé à moi... Je me sentis comme un premier communiant - que je n'avais d'ailleurs jamais été - devant
cette icône de force et de détermination... Malgré cela elle m'écouta avec beaucoup d'attention, et fut très amusée quand je lui dépeignis le manque d'assurance et de décision qui avait trop
souvent caractérisé ma vie.
La conversation prit un tour inattendu lorsqu'elle aborda sans détour notre chevauchée nocturne...
Elle me complimenta d'abord (ce qui me plongea vous vous en serez doutés dans un embarras rougissant) pour ce qu'elle avait ressenti, exprimant les attentes, les
frissons, les effusions avec des mots simples et naturels... Elle s'extasia devant la libération animale ("sic") par laquelle je l'avais surprise et "ravagée de plaisir" (double rougissement). Je
lui livrais alors mes propres impressions, d'abord hésitant. Elle accueillit l'aveu de mon manque d'expérience avec une surprise ironique tandis que je m'excusai de mon manque de retenue devant
les envies qu'elle avait suscitées en moi...
- Ne t'excuse pas, c'est ça qui m'a plu.
- Ah... Pourtant...
- Je ne me serais pas laissée faire sans ça. Je voulais voir jusqu'où tu pouvais
aller.
- ...
- C'est ça qui m'excite... La transformation. Tu vois, la plupart (la plupart !?) des hommes prennent
sans jamais donner... ou alors vite -et donc mal- pour la forme. Et encore, pas tous! Et ce qu'ils prennent, ils le prennent sans modulation, aussi vite et mal que le reste... C'était mignon
(!!!) de te voir t'appliquer sur moi...
- Mignon...?
- Te vexe pas, c'est plutôt un compliment... Oui, tu es un timide! Un fougueux-timide! (rire).
Tu sais je n'ai pas souvent eu la chance d'atteindre l'orgasme avant l'autre, il m'est même parfois arrivé de devoir me débrouiller toute seule comme une grande! Mais toi on aurait dit que tu
t'interdisais de profiter sans contrepartie. - pause, elle me sourit - C'est pour ça que je t'ai obligé à recommencer.
- ???
- Pour que tu prennes en même temps que tu me donnes, à ta manière... Tu t'es pas mal débrouillé du tout. Un peu tendu c'est
tout.
- Tendu ?
(Oui, je sais, je sais... Le lecteur avisé aura remarqué que je ne fais que répéter les qualificatifs de ses fins de phrases... Mais vous me pardonnerez si j'ai un peu
perdu de ma superbe lors de cette conversation qui fut pour moi la première du genre... Je ne suis pas coutumier du fait que mes toutes fraîches conquêtes dressent mon "profil sexologique" en
décortiquant mes prouesses d'alcôve...)
- (Rire). Un peu oui... Mais tu as su te lâcher après,
c'était...
- Oui, euh, je suis désolé.
- Ne le sois pas... Et puis il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Ca m'a flatté que tu te prennes au jeu. (Bon...
J'insiste pas.) Si ça méritait des excuses, je ne t'aurais jamais fait monté ici. (oui c'est pas con.) D'ailleurs tu es bien le premier! (Ah bon? Comment dois-je le prendre...)
Et voilà, je venais, pour la première fois de ma vie (et quasimment la seule), de parler ouvertement de sexe avec une créature du beau sexe... J'en fus tout retourné. Caroline avait été surprenante du début à la fin... J'admirais son indépendance, son audace, sa maturité. Elle ne faisait que ce qu'elle trouvait valable de faire il se dégageait une impression de plénitude telle qu'elle n'en était que plus désirable... Et inaccessible.
Nous parlâmes encore de tout et de rien. De notre façon de meubler les congés, de notre goût commun pour les films des frères Coen et les B.O. un peu pourries, de
littérature, d'art et que sais-je encore... En tout cas, nous ne parlâmes pas d'avenir et quand l'astre pointa son nez j'allai renfiler mes frusques dans la salle de
bains.
Tandis que mon jean remontai mes jambes avec la douceur du papier de verre, Caroline s'encadra dans l'embrasure de la porte avec une moue de regret.
- Tu dois déjà y aller?
Je lui souris.
- Oui, parce que "fougeux-timide" c'est bien. "Collant" ça casserait un peu tout. Je te remercie pour la douche et le café... Et pour la soirée.
- Mmm...
- ...?
- Rien. Je m'étais dit que tu passerais la nuit avec moi. (Elle se tourna vers les volets où
filtraient déjà les premières lueurs de l'aube, un sourire désabusé aux lèvres) Enfin, que tu ne me laisserais pas dormir toute seule, juste pour finir la soirée... En bon fougueux
timide.
- Mmm... Pfff! (Sourires)
Je quittai mes vêtements une dernière fois et réintégrait le peignoir qu'elle me tendait.
Sur le chemin du retour, Caroline et moi n'avons pas échangé le moindre mot.
Elle avait repris la mastication de son chewing-gum (je me suis d'ailleurs demandé par quel mystère il avait bien pu reparaître, mais bon...), pensive devant le
paysage...
Pour ma part j'essayai tant bien que mal de m'intéresser à la route, tentant d'oublier la honte due à mon anormale bestialité ainsi que le vide douloureux qu'elle
laissait dans mon entrejambe...
Elle était restée à l'arrière, brisant seulement ce profond mutisme lorsqu'une intersection venait fendre la route.
Une dizaine de minutes saturniennes plus tard, elle nous fit déboucher dans un quartier pavillonnaire assez propret dont je n'avais jamais soupçonné l'existence, et me
fit stopper devant une habitation neuve aux proportions confortables toute de briques et de bois. Sentant mon étonnement, elle dit comme pour s'excuser qu'elle n'en louait que la moitié, le
rez-de-chaussée étant exclusivement réservé à une collègue qu'elle connaissait à peine.
"...Louait..." = argent, autonomie
"...Collègue..." = travail
Ces deux mots suffirent à me faire ravaler mes préjugés sur la personne: le chewing-gum, le tatouage, les
postures, le rodéo dans la voiture... Je pensai piteusement que si Caroline s'était livré au même petit jeu des indices, je devais moi aussi figurer dans une bien piètre case de l'inventaire du
genre masculin... Peut-être à plus juste titre.
Miséricorde.
Je la saluai nonchalamment tandis qu'elle s'apprêtait à s'envoler vers d'autres horizons. Cela eut pour effet de stopper son élan. Elle se tourna vers moi et m'offrit
avec la plus grande simplicité de prendre un café et une douche "dont on avait bien besoin tous les deux...sic". Proposition aussi soudaine qu'inattendue à laquelle j'acquiesçai comme un poisson
hors de son bocal...
Chassez le naturel... Les déductions allèrent de nouveau bon train dans ma cervelle embuée.
Eh bien non. A mon grand étonnement (soulagement?), la proposition n'avait rien d'ambigü. Nous prîmes nos douches séparément, et elle me procura de quoi mener à bien
cette entreprise avec une douceur méthodique, allant même jusqu'à me prêter un peignoir de sa collection personnelle. (Oedipe! Couché!)
Enturbané de soie noire, je la rejoignis dans le vaste canapé devant lequel était dressée une petite table en verre où reposaient deux tasses fumantes de café à la
noisette.
Mon hôte, superbe de satin, peau et cheveux encore humides, m'offrit de m'asseoir. Je m'assis donc.
L'intérieur de la pièce était meublé avec parcimonie, mais l'unité qui en émanait procurait à l'ensemble une douceur toute orientale. Caroline attendit poliment que j'eus
goûté le café (délicieux) avant de rompre le silence.
Et nous parlâmes jusqu'à l'aube...
Sur le chemin du retour, Caroline et moi n'avons pas échangé le moindre mot.
Elle avait repris la mastication de son chewing-gum (je me suis d'ailleurs demandé par quel mystère il avait bien pu reparaître, mais bon...), pensive devant le
paysage...
Pour ma part j'essayai tant bien que mal de m'intéresser à la route, tentant d'oublier la honte due à mon anormale bestialité ainsi que le vide douloureux qu'elle
laissait dans mon entrejambe...
Elle était restée à l'arrière, brisant seulement ce profond mutisme lorsqu'une intersection venait fendre la route.
Une dizaine de minutes saturniennes plus tard, elle nous fit déboucher dans un quartier pavillonnaire assez propret dont je n'avais jamais soupçonné l'existence, et me
fit stopper devant une habitation neuve aux proportions confortables toute de briques et de bois. Sentant mon étonnement, elle dit comme pour s'excuser qu'elle n'en louait que la moitié, le
rez-de-chaussée étant exclusivement réservé à une collègue qu'elle connaissait à peine.
"...Louait..." = argent, autonomie
"...Collègue..." = travail
Ces deux mots suffirent à me faire ravaler mes préjugés sur la personne: le chewing-gum, le tatouage,
les postures, le rodéo dans la voiture... Je pensai piteusement que si Caroline s'était livré au même petit jeu des indices, je devais moi aussi figurer dans une bien piètre case de l'inventaire
du genre masculin... Peut-être à plus juste titre.
Miséricorde.
Je la saluai nonchalamment tandis qu'elle s'apprêtait à s'envoler vers d'autres horizons. Cela eut pour effet de stopper son élan. Elle se
tourna vers moi et m'offrit avec la plus grande simplicité de prendre un café et une douche "dont on avait bien besoin tous les deux...sic". Proposition aussi soudaine qu'inattendue à laquelle
j'acquiesçai comme un poisson hors de son bocal...
Chassez le naturel... Les déductions allèrent de nouveau bon train dans ma cervelle embuée.
Eh bien non. A mon grand étonnement (soulagement?), la proposition n'avait rien d'ambigue. Nous prîmes nos douches séparément, et elle me procura de quoi mener à bien
cette entreprise avec une douceur méthodique, allant même jusqu'à me prêter un peignoir de sa collection personnelle. (Oedipe! Couché!)
Enturbané de soie noire, je la rejoignis dans le vaste canapé devant lequel était dressée une petite table en verre où reposaient deux tasses fumantes de café à la
noisette.
Mon hôte, superbe de satin, peau et cheveux encore humides, m'offrit de m'asseoir. Je m'assis donc.
L'intérieur de la pièce était meublé avec parcimonie, mais l'unité qui en émanait procurait à l'ensemble une douceur toute orientale. Caroline attendit poliment que j'eus
goûté le café (délicieux) avant de rompre le silence.
Et nous parlâmes jusqu'à l'aube...
Commentaires Récents