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Lundi 7 juillet 2008

 

     Caroline avait gardé sa place initiale et se trouvait seule à l'arrière, côté droit. Je l'observais par la diagonale réfractée du rétroviseur. Elle regardait toujours au loin, quand un sourire se dessina sur son visage.
     Elle se renfonça dans son siège, profitant de l'espace qui lui était maintenant dévolu. L'affaissement de son torse sur le dossier bomba encore ses seins qui n'en demandèrent pas davantage pour exhiber généreusement leur volume hors de leur écrin. Leur peau satinée et tendue luisait déliceusement sous les lueurs défilantes des lampadaires. Je me perdis sans doute un peu trop longtemps dans leur contemplation... Quand je relevai les yeux je vis qu'elle m'observait. Je tentai de ne pas rougir et reportait mon attention sur la route...

    

     Au bout d'un moment l'autoroute succéda à la nationale et le moteur atteignit un régime suffisant pour ne plus émettre qu'un léger bourdonnement. C'est là que Caroline a engagé la conversation.
     - Ca va tu t'es bien éclaté ce soir? sourire narquois
     - Tranquille, c'était l'extase totale.
     - T'aimes pas les nouvelles copines de Sophie?
     Question piège.
     - C'est pas ça... Un silence. Disons que celle-ci était un peu...
    
- Lourde?
     - Envahissante.
    
- Et tu te l'es coltinée toute une soirée sans lui dire de la fermer?
     - Eh ouais...
     - T'es le gars genre trop gentil toi...
     - Non... Du genre patient... Enfin je crois.
    
- En fait, t'as passé une bonne soirée avec Miss Prise de tête! Mais t'oses pas le dire.
     - Déconne pas, j'en ai encore mal au crâne. Cette fille, c'est vraiment pas mon genre.
     - Je sais ce que c'est, Sophie voulait aussi me caser à un moment...
     - ...
    
- Et ce serait quoi, ton genre de fille?
     Gloups!
     - Mmmh. Je sais pas. En tout cas j'aurais passé une meilleure soirée avec un peu moins de paroles...
     Il y eut un long silence. Elle se renfonça encore dans sons siège, et me lança un regard plein de sous-entendus.
     - Moi, je peux rendre une soirée très agréable sans en prononcer une seule...
     Mon coeur battit à tout rompre. Elle ne pouvait être plus claire...
     Le Moi de quelques semaines auparavant aurait bredouillé: "Euh, c'est quelle sortie déjà?" et aurait disparu dans son siège.
     Mais le Moi de ce jour-là le devança d'une longueur, planta son regard dans celui qu'offrait le miroir et dit sur un ton ferme de défi:

     - Je ne demande qu'à voir...

     A peine ces mots sortis de ma bouche je me rendis compte de leur énormité et je fus rattrapé sans ménagement par l'ancien Moi qui liquéfia tous mes membres sans exception.

     Je rivai de nouveau les yeux au bitume, espérant que le malaise s'estompe...
     Je laissai un ange passer... Et repasser au moins une bonne demi-douzaine de fois avant de risquer de nouveau un regard dans le rétroviseur.

     Après deux minutes, je cédai à la tentation, consumé par la honte et la curiosité...

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Vendredi 27 juin 2008

 

     Une fois dehors et d'un commun accord, nous avions décidé que tout compte fait on prendrait ma voiture. Vous savez ce que c'est, "Celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas."
     J'aime bien endosser ce rôle: d'une part ça laisse toujours les autres admiratifs (...) et de plus je suis capable de m'amuser sans picoler... Ce qui a l'air de laisser les autres ... dubitatifs. J'étais donc le "BOB" de la soirée, Fred étant momentanément indisponible et les filles ne tenant pas plus que ça à conduire de nuit. Je m'installai donc, attendant que Fred me rejoigne pour que s'opère la sempiternelle discrimination sexuelle avant/arrière qui arrange bien tout le monde pour papoter...
     Erreur fatale.

     C'était sans compter sur Sophie, qui avait déjà fait le plan de table.
     J'eus donc l'insigne honneur de me retrouver aux côtés de la fameuse inconnue dont Fred avait tenté de me vendre les mérites, les autres étant plantés en rang d'oignons sur la banquette arrière. Elle se prénommait Camille, et se présenta à moi comme une "amie de Sophie"... Air de déjà-vu.
     Le frein à main à peine rabattu, un silence gêné s'installait déjà. Le bruit du moteur en agglomération m'empêchait de pouvoir parler à fred sans m'égosiller, et j'avais bien du mal à trouver quoi dire à ma nouvelle co-pilote... Celle-ci souriait, m'adressant de temps en temps une oeillade timide... Je finis par rompre la glace, de la manière la plus pitoyable qui soit:
     - Alors t'es une copine de Sophie. (Non n'applaudissez pas ça me gêne, j'en rougis encore...)
     Et là ce fut le drame.
     Je crois que ceci est la phrase la plus longue qu'il m'ait été donné de prononcer durant cette soirée.
    
Je n'avais pourtant pas fait grand-chose, à part poser une question pathétique dont la réponse aurait dû être expédiée en trois lettres affirmatives, et nous conduire de nouveau à un silence gêné...
     Il n'en fut rien...
     Camille passa près de quatre heures à répondre à ma question, ainsi qu'à toutes celles que je n'avais pas posées...
     J'appris en si peu de temps assez de choses sur elle pour pouvoir faire croire à n'importe qui que c'était ma soeur... Elle ne s'arrêtait pas de parler d'elle, et toutes mes tentatives désespérées pour calmer son débit et changer de sujet furent tuées dans l'oeuf. Dans le rétroviseur, je vis Fred (qui réalisait seulement son erreur) m'adresser des sourires contrits et multiplier les circonflexions de ses sourcils...

     Dans la voiture.
     En traversant le parking.
     En faisant la queue.
     En se faisant tatouer comme des vaches par le cerbère. 
     En cherchant une table, 
     En traversant les pistes,
     En s'asseyant,
     En prenant une commande,
     En attendant que la commande arrive,
     En allant chercher la commande qui n'arrivait pas,
     En ramenant enfin la commande...
     En respirant...
     En expirant... 
     Elle ne me lâcha pas d'une virgule, reléguant les basses lancinantes au rang de douce berceuse.

     J'écoutais, la politesse m'interdisant de dire "Camille, tu m'emmerdes." et m'autorisant une farandole de "oui", "tout à fait", "d'accord avec toi", "tu penses?"...
     Sa fac, la guerre en Irak, ses copines, les présidentielles, son ex, le réchauffement climatique, Alicia Keys, Ingrid Bétancourt, la cuisine italienne, le Darfour...
     Elle changeait de sujet comme une abeille de fleur. La juxtaposition de ces sujets sans transition valable me donna la nausée... Non pas qu'aucun ne m'intéresse, mais ce n'était ni le lieu, ni le moment... Ni la personne avec qui en parler...
     MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI
     JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE-JE

     A 1h30 heure locale, je n'entravais plus rien... Fred essaya bien de m'extraire de ses griffes, Sophie m'offrit même de danser pour alléger mon supplice. Rien n'y fit.
    
  


     A l'autre bout de la table Caroline était revenue après avoir exposé ses attraits à quelques mâles, une moue insatisfaite sur le visage. Elle alluma une seiche et tira longuement dessus. Elle n'avait pas assisté à mes déboires et prit le train en route. En comprenant l'unilatéralité du dialoque, elle m'adressa un regard amusé en rejetant la fumée du coin des lèvres... C'était la première fois qu'elle me témoignait le moindre intérêt. Et c'était pour se foutre de ma poire.
     A 3h30, toujours heure locale, le calvaire touchait à sa fin. On repartait.
     Il fallut aider Fred à regagner le vaisseau. Moi j'étais sobre, comme prévu. Et même si l'idée m'en avait traversé l'esprit, j'aurai été incapable d'éprouver le moindre sentiment de griserie en considération du flot continu de paroles dont j'avais été abreuvé toute la soirée... Saoûlé je l'étais bien, grisé certainement pas...
     A ma plus grande surprise, le retour se fit dans le silence... Je sautai sur l'occasion pour mettre un peu de musique. Le cd des Mamas & Papas qui végétait depuis un moment dans le lecteur distribua ses notes nostalgiques et surranées, et le calme perdura.
     Je fis un rapide tour d'horizon.
     A ma droite, Camille souriait, les yeux embués de fatigue. Elle semblait avoir passé une bonne soirée, ça en faisait au moins une... Elle m'adressa un sourire franc que je lui rendis. Après tout, je ne lui en voulais pas, elle était comme elle était, ce qui me déplaisait chez elle plairait sûrement à d'autres, du moins je l'espérais pour elle.
     Je passai en revue la banquette arrière.
     Derrière moi, Sophie essayait de capter mon attention, et je lus dans ses yeux qu'elle était sincèrement désolée et qu'elle ne savait plus où se mettre. Pas grave, avec elle je commençais à avoir l'habitude de ce genre de choses.
     Au milieu, Fred fuyait ses responsabilités, la tête renversée en arrière, il dormait la bouche ouverte. Espèce de lâche. C'était toujours comme ça: il ratait toujours la fin, ce qui l'empêchait de tirer une leçon de son échec, et promettait de le faire recommencer un jour...
     Et puis à droite, les jambes croisées, Caroline perdait un regard pensif sur le paysage qui défilait, son éternel chewing-gum entre les dents. Elle sentit mon regard posé sur elle et planta ses yeux dans les miens. J'eus du mal extraire mon attention de ces yeux perçants. Elle fit claquer la gomme et revint à la contemplation du paysage.
    
     Nous étions arrivés.
    
     Caroline sortit la première de la voiture. Camille la rejoignit après m'avoir baisé la joue en me remerciant (de?) et Sophie supervisa l'acheminement de Fred jusqu'à la prochaine surface horizontale. Elle m'adressa un petit signe de la main en guise d'excuses ultimes et épaula Fred. Au même moment, Caroline était revenue à côté de la voiture, où elle avait déjà engagé une jambe:
     - So?
     - Tu restes pas?
     - Non, j'suis crevée, j'préfère rentrer tout de suite, -se tournant vers moi- si tu veux bien me ramener...
     - Non, pas de problème.

     La soirée n'était pas encore terminée. Caroline claqua la portière et me donna les premières instructions... Ce n'était pas vraiment la porte à côté.

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Mardi 24 juin 2008

 

     Ces petits jeux égocentriques me firent le plus grand bien. La douche que je pris ensuite me fouetta les sens et ce n'est qu'en sortant de la salle de bains que je me rendis compte que j'étais attendu pour une sortie dont je n'avais ni l'envie ni la force...

     Je dînais donc sommairement d'une sémillante boîte de raviolis abandonnée au fond d'un placard (putain les courses...)

     J'étais paré pour une soirée de folie...


     A 23 heures très précises (à 1/4 d'heure près), je me garai dans l'allée des parents de Fred, qui eux aussi avaient délaissé le domicile pour aller s'ébattre aux quatre coins de France et de Navarre.
     Arrivé devant l'entrée, je fus accueilli par Sophie, la délicieuse copine de Fred. (Euh... Entendons-nous bien, délicieuse pour Fred, moi j'l'aime bien, mais pas mon genre. Et c'est la copine de Fred... Bon laissez tomber.) Elle me salua, m'adressa quelques mots gentils comme à son habitude et me fit entrer dans le salon...

     Plusieurs personnes y attendaient:

     Fred, qu'on ne présente plus, monopolisait l'espace vocal, apparemment absorbé par un brillant monologue sur un truc dont personne n'avait que faire... A ses gestes grandiloquents, je devinais qu'il avait déjà commencé la soirée... 
     A côté de lui sur la banquette, feignant d'écouter l'orateur, un bras posé négligemment en travers du dossier, se trouvait un individu répondant au doux sobriquet de Vince. c'était un pote de Fred, genre... Trou-du-cul-ascendant-pauvre-con. J'ai du mal avec lui et il a du mal avec moi. On se comprend très bien tous les deux... Je me demandais bien ce qu'il foutait là, je ne voyais sa copine nulle part... Crétin.
     Sur le fauteuil contigu et mâchant un chewing-gum d'un air absent se trouvait une jeune femme plantureuse, les cuisses nonchalamment écartées, un genou sur l'accoudoir. C'était l'ancienne-meilleure-amie-déchue-au-rang-de-copine de Sophie. Une vieille histoire de mec je crois. Je la connaissais assez peu, juste assez pour savoir qu'elle semblait un peu vulgaire, parlait peu, qu'elle était plutôt voluptueuse et bien faite, et que je n'avais pas souvenance d'avoir jamais entendu sa voix. Elle se mêlait quelquefois à nous lors de nos sorties, plus pour tromper son ennui que par enthousiasme semblait-il. "Madame Blasée" en quelque sorte.
     Assise en tailleur à même le sol, je vis une jeune femme que je ne connaissais pas. Elle paraissait mal à son aise devant tant d'inconnus, et m'adressa un timide sourire en guise de salut à travers les mèches qui masquaient la moitié de son visage. A son port altier, on devinait la demoiselle bien élevée qui se commettait rarement dans ce "genre" de soirées. Son apparence assez stricte dénotait son aversion pour les virées nocturnes.

 

       

     Avant même d'avoir pu terminer de saluer tout le monde, Fred interrompit son exposé et m'enjoignit de le suivre pour "me montrer un truc" (ah subtilité quand tu nous tiens!) Arrivé à la cuisine, il me toisa de son oeil pétillant et lança:
     - Alors qu'est-ce que t'en penses?
     - De?
     - De cette fille!
     Oh non merde, il remettait ça. Car il faut que je vous dise: Fred a un passe-temps, voire même une obsession assez agaçante qui consiste à vouloir me macquer avec tout ce qui bouge (et même parfois avec ce qui ne bouge pas, mais passons), et donc cette sortie qu'il m'imposait n'était que le énième prétexte qu'il avait trouvé pour faire ses petites expériences sur ma vie amoureuse. I'm a poor lonesome cobaye.
     - Tu fais chier...
     - Rôô vas-y elle est mignonne, c'est une copine de fac de Sophie ...
     Ah oui faut aussi que je vous dise: les petites expérimentations que Fred me fait subir obtiennent le plus souvent des résultats médiocres à cause du postulat de départ: "c'est une copine de Sophie", ou l'obsession que ma future soit aussi la meilleure amie de la copine de mon meilleur ami... Postulat qui annihile tout résultat positif puisqu'il faut l'assortir de MON postulat: "J'ai peu d'atomes crochus avec Sophie". Longue soirée en perspective...
     - Tais-toi, tu m'saoûles.
     Je me refusai à tout commentaire sur une personne qu'on me présentait comme une pièce de boucher Label Rouge, et regagnai le salon avec un Fred dont les sourcils circonflexes trahissaient le dépit.
     Vince prétexta qu'il avait du monde à voir et prit congé (cool, c'est ça de moins à subir) et nous nous mîmes en route.
    
     Et comme prévu ce fut l'enfer.

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Mardi 17 juin 2008

 

     Ayant fait une croix sur toute forme de repos, je dégoulinai jusqu'à l'entrée. La valise en métal me gratifia d'un amical coup d'arête dans le tibia en guise de salut... En retour je la remerciai d'un grand coup de pied jovial...


     !!!BALANG!!!BAL°

     LE HEROS (fulminant):
        - Ouais c'est bon j'ouvre!
     (Ouverture de porte, entrée de Fred)
     FRED (enthousiaste):
        - Ben alors, t'es mort?
     (Boîte à rires)
     LE HEROS (baîllant):
        - Nan, j'essayais de dormir... J'viens juste de rentrer.
     FRED (penaud):
        - Oh excuse, j'voulais pas te réveiller.
     LE HEROS (conciliant):
        - C'est rien. Entre.
     (Fin de l'acte. Fermeture du rideau.)

ACTE II, Scène 1
    Le rideau se lève sur la cuisine, où les deux protagonistes occupent le centre de scène, attablés autour d'une tasse de café noir pour le héros et d'un jus de fruits pour son acolyte. La scène est envahie des rayons du soleil qui a commencé son déclin.
     FRED:
        - Alors qu'est-ce que tu deviens depuis une semaine?
     LE HEROS (pour lui-même):
        J'essaie de devenir quelqu'un d'autre... Ca va j'ai eu beau temps...
     (à Fred)
        - Boh pas grand-chose, j'ai flâné...
     FRED (taquin):
        - Allez arrête, t'as bien fait des petites rencontres... P'tit coquin. Arrêêête!
     LE HEROS (reprenant une gorgée de café, puis capitulant):
        - Mm. Tu te rappelles la serveuse à Bordeaux? Eh bi-
     FRED:
        - Je le savais! Il s'est tapé la petite serveuse! J'en étais sûr! Aaaah, tu crois que j'l'avais pas remarqué ton petit manège? Putain, tu t'l'es tapée!
     LE HEROS (cynique, pour lui-même):
        Il est désormais inutile de poursuivre car de toute évidence les évènements importants de votre existence sombrent dans la plus grande bassesse quand autrui tente de les mettre en mots. Désarmant... J'abrégeai donc cette conversation dont j'abrégerai également le compte-rendu...

 

     Fred renouvela sa proposition d'aller en boîte et je finis par accepter, mon interlocuteur sachant se montrer particulièrement obstiné, et donc à l'usure convaincant. Je passerais chez lui à 23 heures.

     Quand Fred fut reparti, j'occupai les quelques heures qui restaient en mettant un peu d'ordre dans la maison - histoire de - et allai prendre un bon bain, au risque d'être encore dérangé et de manière plus inconfortable.

     Mais rien ne troubla ma quiétude.

     Mes pensées flottaient sur la surface laiteuse et lisse. Cette dernière semaine avait été assez riche et mouvementée... Je ressassai paisiblement ces souvenirs encore frais, repassant plusieurs fois chaque scène, autant de copies de sauvegarde dans ma mémoire... Mais à mesure que l'eau délassait mon corps, mon esprit divaguant se refusa petit à petit à la poursuite de ce fastidieux travail d'archives pour prendre les commandes.
     Les visages, les cris, les caresses, les textures se mélangèrent. Alice et Manuela furent convoquées en un même fantasme chaud et moite, se frôlant puis se confondant, se chevauchant et m'invitant à la danse...
     La caresse de l'eau, l'accumulation de fatigue et la préance de mes souvenirs entremêlés réveillèrent vigoureusement l'organe jusque-là délaissé dont la proue fendit l'eau, auréolé des embruns fumants de l'océan où il s'ébattait...

    

     Pourquoi ne pas répondre aux appels des sirènes? Après tout il fallait être un bien triste héros antique pour entraver son plaisir et s'attacher au mât de son embarcation au risque de voir celle-ci dériver n'importe où... A cette métaphore ridicule je me rendais compte que depuis quelques temps je m'étais interdit bien des plaisirs, en vertu de motifs bien transparents...
     Aussi transparents que l'eau...
     Dans laquelle je laissai jaillir mes fantasmes.

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Dimanche 15 juin 2008



 

     Une fois revenu, je vidai consciencieusement le précieux chargement de mon véhicule... Et allai m'écrouler sagement en travers de mon lit en laissant le tout dans l'entrée.
     Il était un peu moins de 11 heures du matin, et je pensais ne pas exagérer en m'octroyant quelques heures de sommeil diurne. Je pris donc le temps de m'assoupir au gré de mes pensées, pour sombrer totalement dans un sommeil de plomb.

     ...

     ...bip...

     ...bi-bip...

     ...bi-bi-bi-bip...

     Evidemment c'était trop demander... J'opérais un réveil précaire pour ramper jusqu'à la source du bruit, qui bien sûr était perdue au milieu du capharnaum que j'avais entreposé dans l'entrée un instant plus tôt... Mon portable... Les parents... J'avais oublié de dire que j'étais arrivé...
    
     ...bi-bi-bi-bi-bi-bi-bi-bip...

     ...Ta gueule! ... Objet! ...

     Non. En fait c'était un message de Fred, fraîchement revenu de Bordeaux:

    

     Ouais...

     Après avoir déchiffré ces hiéroglyphes modernes, je me rendis compte de l'heure... Fred m'avait privé d'un second cycle de sommeil... Cinq heures de dodo... Pas assez. Je profitais d'être levé pour passer un rapide coup de fil aux miens... et aller me recoucher. Pour fred on verrait plus tard, dormir d'abord.

     ...zZZZz...zZZZz...zZZZz...

     ...Balang...

     ...zZZZz...

     !!!BALANG!!!BALANG!!!BALANG!!!BALANG!!!

     ...zZZ°°...

     Mon infaillible intuition me dit que quelqu'un frappait à la porte.
     Et mon réveil me dit que je n'avais bénéficié que d'une heure trente de rab depuis la dernière interruption.
     La perspective d'une quelconque interaction sociale à ce moment précis ne me parut pas palpitante...

    !!!BALANG!!!BALANG!!!BALANG!!!BALANG!!!EH OOOOOH,OUVRE C'EST FRED!

     Diantre, j'étais fait comme un rat...

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