Manuela resta jusqu'au lendemain et repartit vivre sa vie vers le milieu de l'après-midi... Nous eûmes peu le loisir d'être seuls durant ce
cours laps de temps, mais cela eut peu d'importance. Nous avions vécu l'instant recherché. Nous restâmes encore proches jusqu'à son départ, nous berçant chacun de la douce mélancolie (j'adore la
mélancolie) qui précède les adieux.
Je regardais partir la petite voiture jusqu'à ce que le minuscule point noir disparaisse au bout de la nationale... J'étais triste et heureux à la fois, mais apaisé... Et
j'avais terriblement faim.
A la maison, c'était au tour des adultes de se préparer à la séparation, et une activité molle baignait une vie beaucoup moins enjouée que celle de la veille. Je m'étais
encore surestimé: cela suffit à me donner le bourdon...
Et alors que j'allai rentrer, je vis deux petites ombres chuchotant sous le noisetier au fond du jardin... C'était ma soeur et le frère de Manuela... Je les regardai un
court instant puis rentrai... Eux aussi avaient le droit de n'être pas dérangés.
J'assistais aux adieux suivants pensif... La mélancolie c'est bien, mais c'est une compagne terriblement possessive... Je partirais le lendemain soir...
Le jour suivant j'eus le temps de remonter le moral de ma soeur, de me voir confier l'entretien de ses poissons rouges à mon retour ainsi que la charge de quatre jours de linge sale (j'avais juste proposé un vague coup de main quand ça m'est tombé dessus... J'aurais dû me méfier...)
Après le repas j'étais parti.
Le voyage fut bien entendu plus long pour regagner le Nord... Je profitais donc d'une complète nuit blanche pour reprendre mes
conversations palpitantes avec moi-même. Mais force est d'admettre que je n'avais pas grand-chose à me raconter. Je me sentais vraiment très bien et l'idée d'en discuter était devenue
superflue... Mon alter ego resta donc sagement assis à mes côtés à surveiller l'éventuelle présence de radars fixes, auquel cas il serait éventuellement autorisé à prendre la parole.
En route je m'arrêtai pour désaltérer ma monture ainsi que moi-même... Erreur. Je dus pour cela affronter la masse des voyageurs nocturnes qui allaient en tous sens en hurlant... From Mélancolie to Mysanthropie...
De retour à la voiture, je considérai mon compère d'un autre oeil... Désolé vieux. Nous renouâmes le dialogue à son grand soulagement... Je me souviens mal de ce qu'on s'est dit. Rien d'intéressant ne passait à la radio, mais j'avoue que j'aurais aimé entendre cette chanson-là à cet instant précis.
Je me redressai et m'élançai à sa poursuite, fondant droit sur elle. Mais elle n'accéléra pas, poursuivant son ballet qu'elle ponctuait des
rires d'une proie émoustillée.
Elle arriva la première à la base du large tronc. Elle entreprit de le contourner, laissant sa main en effleurer les veines et me lançant un regard de défi. Alors que
j'arrivai à sa hauteur, elle se déroba, dressant le tronc entre nous... Nous jouâmes quelques délicieuses minutes, elle interprétant à merveille son rôle de souris, moi aiguisant mes appétits de
félin... Puis m'ayant mis sur une fausse piste, elle entreprit d'escalader le tronc jusqu'à la cabane pour y trouver refuge. Peine perdue! J'étais déjà sur elle, saisissant la douceur du mollet,
agrippant la fermeté de la cuisse, empoignant la souplesse des hanches. Je m'apprêtai à la faire redescendre, haletante et rieuse, quand la plache sur laquelle nous luttions se déroba et nous fit
basculer à bas de l'arbre.
...
Elle était sur moi... Je l'avais maintenue lors de la chute...
Elle était sur moi... Elle me chevauchait, ses yeux dans les miens...
Elle était sur moi... Ses cheveux formaient les remparts de notre intimité...
Elle était sur moi... Elle ne souriait plus... L'air grave et enfiévré...
J'étais sous elle... Je ne distinguais plus rien autour...
J'étais sous elle... Elle laissait aller son corps sur le mien...
J'étais sous elle... J'explorai avidement ce corps que je déchiffrais pour la première fois...
J'étais sous elle... Nos impatiences mêlées en formèrent une, ardente et indivisible.
J'étais en elle.
L'invitation avait été naturelle, sans empressement... Elle m'avait libéré et m'avait laissé doucement forcir aux portes de son sanctuaire, pour m'y laisser m'y enfouir
plus conquérant. Une fois entrouverte, elle m'accueillit et je forcis encore, flatté par tel confort. Elle gémit doucement tandis que se mettait en branle le mouvement universel, lourd et serein,
freiné par la résistance des souvenirs...
J'étais en elle... Elle se débattais pour que je ne la laisse pas partir...
J'étais en elle... Je la retenais, la ramenant à terre quand les cieux l'éloignaient trop...
J'étais en elle... Apaisant de mes caresses son corps désorienté...
J'étais en elle... Nous étions ensemble pour la première fois.
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J'étais sur elle... Je maintenais ouvertes les portes de notre refuge...
J'étais sur elle... Elle joignait ses efforts aux miens pour en prolonger le siège...
J'étais sur elle... Elle me communiqua sa chaleur et le monde tout entier prit feu...
J'étais sur elle... Et nous nous consummèrent d'une seule flamme.
Elle haletait sous moi, encore offerte par l'abandon... Des brins d'herbes fauchés ici et là constellaient sa chevelure répandue... Je voulus laisser le sanctuaire
reprendre ses délices mais elle m'y garda encore un instant, soignant mes brûlures avant de me laisser partir doucement...
Nous restâmes allongés sur l'herbe un long moment, nus à l'ombre de notre ancienne forteresse... Le silence écrasant au-delà de l'ombre berça notre apaisement. Nous
parlâmes peu. Il n'y avait pas grand-chose à dire qui ne précipiterait le retour au temps.
A la fin de l'après-midi, nous avons repris le chemin de la maison, avant j'inspectais tendrement sa chevelure pour la débarrasser des dernières preuves de notre
forfait... Elle me regarda intensément, muette, et déposa un baiser sur mes lèvres. Un baiser doux celui-ci. Léger, tendre, presque imperceptible, une caresse de l'âme.
Et puis nous sommes rentrés vivre nos existences parallèles au milieu des autres.
Elle s'avançait doucement vers moi. Et elle était belle.
L'étincelle impertinente que je lui connaissais brillait... Intacte... Et le spectre de l'adolescente envoûtante de mes souvenirs tournoyait follement autour de cette
apparition, cheveux aux vents, battant des mains.
Quand son regard emplit le mien, elle déposa une offrande sur ma joue et m'enlaça tendrement. Un peu gauche et surpris je lui rendis son étreinte, posant mes paumes sur
ce dos fin et soyeux. Je tenais entre mes bras celle que je n'aurais jamais voulu voir s'en échapper...
Mon étreinte se resserra, rassurée par la réalité de sa prise.
- J'avais peur que tu ne sois pas là.
Je la
regardai, j'acquiescai... puis rendis à regrets sa liberté à Manuela... Elle en fit autant, laissant glisser ses mains graciles le long de mes bras jusqu'à mes poignets. La douceur... près tant
de temps j'avais oublié la douceur... Sa douceur.
Cela faisait maintenant deux bonnes minutes qu'elle était arrivée et j'étais toujours le seul à m'être manifesté... Pourtant l'arrivée de Manuela avait dû être
remarquée... instantanément je rougis à l'idée d'une demi-douzaine de personnes écoutant et épiant nos retrouvailles... L'enfer, c'est les autres. J'accompagnai Manuela jusqu'à la terrasse et ce
que j'y vis me rassura: on avait ressorti les anecdotes "d'anciens combattants", attirant l'attention des convives et monopolisant celle des gosses. "On" c'était mon père, grâce à qui j'avais pu
bénéficier d'une invisibilité temporaire.
Quand ils virent Manuela, ils l'accueillirent d'un "Aaaah" synchronisé qui aurait fait pâlir d'envie l'Ami du petit-déjeûner en personne.
Le reste de la matinée ne fut que le reste de la matinée...
Le repas lui emboîta aussitôt le pas, entraînant sa farandole interminable de spécialités familiales et des vins qui vont avec... A la
seconde entrée je n'en pouvais déjà plus... Il faut dire que mon appétit me préoccupait peu.
Assis l'un à côté de l'autre, nous avions commencé à nous parler de nos vies, comme deuc adultes bien éduqués dans un dîner mondain. La présence des autres avait effrayé
l'intimité retrouvée le matin, et nous fouillions respectivement nos mémoires pour en extraire les choses inintéressantes que l'on peut raconter en public...
Ce petit jeu avait l'air de plaire à Manuela, dont les yeux pétillaient de cette retenue forcée, amusée des regards mal déguisés de ma petite soeur qui lorgnait ses
moindres faits et gestes. Cela finit aussi par me faire sourire. La comédie que nous jouions tous deux avait quelque chose d'excitant, d'enfantin... Je devinais dans ses regards l'envie d'en
dire, d'en entendre plus... Tellement plus... Et elle repartait déjà demain...
Je me rappelai alors la conversation que j'avais eu avec moi-même... Un vague truc rapport aux regrets, aux décisions, ...
Manuela perçut ce changement et m'interrogea du regard. Je lui adressai un sourire amusé et lui tendis la main tandis que je me levai de table sans la quitter des
yeux.
- Plus faim, on va faire un tour.
- Mais ...
Ma mère n'eut pas le temps de m'énoncer tous les plats auxquels nous n'avions pas encore goûtés, car mon père vint à ma rescousse.
- C'est bon les jeunes, allez vivre votre vie. (à ma mère) Laisse-les, à leur âge on a d'autres choses à faire que de rester plantés
à table...
Je le remerciai intérieurement. Manuela félicita ma mère pour sa cuisine et argua de la précocité de son réveil pour expliquer son manque
d'appétit (diplomate), ce après quoi nous prîmes congé.
Dehors, nous fûmes cueillis par la chaleur. Le soleil paradait au-dessus de nos têtes, et l'air était rempli du chant des cigales et du
silence lourd qui marque l'inactivité du monde vivant à l'heure du zénith.
Manuela me souriait timidement, autant amusée que surprise de ma soudaine décision.
- Tu ne m'en voudras pas, je n'avais pas trop envie de te partager avec les autres un jour comme aujourd'hui.
C'est moi qui
ai dit ça?
Elle rougit.
- Un jour comme aujourd'hui?
- Oui.
- ...
- Un jour avec toi.
Elle rougit encore... Ohlàlà je me sentais
pathétique. Question prise en main du destin on commençait petit... Il fallait que je dise autre chose.
- Viens, on sera mieux à l'ombre... (Super, de l'action)
Nous nous mîmes en chemin pour marcher à l'ombre des fourrées d'un chemin de terre attenant. Manuela le reconnut aussitôt et se laissa
submerger par les vagues de souvenirs qui refirent surface. Nous marchons lentement, savourant chaque pas, l'accomodant à nos souvenirs. Nous parlâmes longtemps, livrant plus librement ce
qu'avaiant été nos vies depuis tout ce temps, entrecoupant nos récits des souvenirs que provoquaient les lieux que nous croisions et riant de nous.
Au fur et à mesure que nous marchions, Manuela s'était rapprochée de moi. Le balancement de nos corps indécis faisait se frôler nos bras, nos mains...
Chacune de nos paroles s'évaporait derrière nous, effacée par l'image de l'autre... Nous ne nous écoutions plus, épuisés d'avoir bu nos paroles à une fontaine dont l'eau
n'étanche aucune soif... Je ressentis cette oppression, cette sensation fugace de désespoir de celui qui voudrait se faire entendre de l'autre en hurlant à travers une tempête. Elle la ressentais
aussi, nos souffles courts ponctuaient l'incohérence de nos propos... Mon coeur allait imploser.
Mais nous débouchâmes dans la clairière et l'étau se liquéfia sous sa chaleur. Manuela eut un petit cri émerveillé et se laissa gagner par la frénésie passée. Comme je le
fis des millions de fois auparavant, je cueillai une fleur sauvage et la lui glissai dans les cheveux... Elle rit et me poussa dans les fourrés puis s'élança en virevoltant vers l'arbre, me
défiant d'y arriver le premier. Sa robe bleu pétrole plaquée par la bise et la moiteur de l'air me révélait la vigueur de son corps tendu d'excitation. Elle courait, aérienne, survolant les
mottes inégales puis tournoyait pour surveiller ma progression, et repartait de plus belle, ralentissant volontairement sa course pour en rendre l'issue plus palpitante...
Comme vous vous en serez douté, la soirée passa aussi vite qu'une fanfare municipale...
Je dus encore subir quelques oeillades amusées des membres de ma famille mais celles-ci glissaient sur moi. j'avais désormais une certitude: Manuela serait là demain.
Cette nuit-là je dormis comme un bébé... Un peu comme quand on est enfant et qu'on ferme bien ses petits yeux la nuit de Noël, de peur que le grand barbu ne s'aperçoive
de la supercherie et ne décide de repartir sans rien déposer au pied du sapin...
Le lendemain matin, je fus le premier levé. Pour une fois... Le soleil avait daigné rester en notre compagnie plus de deux jours de suite et c'est lui qui m'avait chassé
du lit. La maison était calme... Au loin un coq enroué dictait sa loi à la faune environnante qui faisait timidement entendre ses premiers signes d'activité... Un désordre convivial régnait dans
le séjour: paquets de cigarettes vides, cendriers pleins, verres à vodka, tasses de café abandonnées trahissant l'emplacement de chaque convive... Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu les
miens veiller avec autant d'enthousiasme... Je regardais l'antique pendule... 6 heures 30... Et je n'étais pas si bien réveillé, vu les fins de rêves débiles qui troublaient encore ma
perception de la réalité...
Bref...
Surpris par cette entrée en la matière un peu trop matinale, je décidai de meubler ce temps hors du monde en m'attaquant à la ... vaisselle
(30 minutes...), en me préparant: rasage (10 minutes), lavage (15 minutes), habillage méticuleux et réfléchi (10 minutes), et contemplage anxieux (5 minutes) pour finalement aller préparer un
petit déjeuner pour 7 personnes... Il allait être 8 heures, toujours personne à l'horizon...
Je dressai la table sur la terrasse. Le sol de pierres était déjà
chaud sous mes pieds, la journée promettait d'être belle... Tandis que je m'affairais, je sentis le son mat d'autres pieds nus sur le sol du séjour, accompagnés du grattement caractéristique des
ongles martyrisant un cuir chevelu.
-"Bien dormi?
- Ai pas eu à me plaindre. Mais je préfère mon lit plutôt que le matelas gonflable -baîllement- T'es
tout seul?
- Hélas plus maintenant.
- Pffff, connard... Dis-moi bonjour plutôt.
- Bonjour Pluto.
- Eh ben va mourir..."
C'était ma soeur... Dans toute sa
splendeur... Après une petite joute de bienvenue elle m'aida à terminer ma tâche et nous nous installâmes en attendant les autres devant un café. J'allumai une cigarette... La posai dans le
cendrier...
- Elle arrive quand?
- Qui?
- ...
- .....
- ..........
- J'en sais rien.
- T'as peur?
- Peur? Euh... Non pas vraiment.
Elle me fixai, attendant des confidences de ma part. Je lus dans son regard ce mélange d'avidité mêlé de l'appréhension de savoir... Pour elle c'était une question
sérieuse...Je réfléchissais. A quoi bon lui raconter mes souvenirs et risquer ainsi de flétrir d'avances ceux qu'elle allait seulement commencer à construire... Ce n'est pas bon d'exposer ses
souvenirs à ceux qui vous mettent sur un piédestal... Et je ne voulais pas que ma soeur commence son adolescence sous la lueur vieillissante des fragments de la mienne... Elle avait droit à cette
innocence toute relative qui rend cette période si intense. Aussi je lui mentis, masquant mes sentiments et leur source... Je me sentis mal à l'aise et parano à la fois... Tempête dans un verre
d'eau.
- Raconte!
- Boh tu sais y a pas grand-chose à raconter! J'ai passé
quasi tout mon temps ici avec elle... Je me demande juste si après si longtemps on s'appréciera toujours...
- Vous étiez amoureux?
Ah jeune fille que vous êtes directe... C'est beaucoup plus compliqué que ça... Ou alors beaucoup plus simple...Je me sens incapable
de t'expliquer clairement... Alors fin de la discussion.
En guise de réponse je lui frictionnais les cheveux, elle se débattit en riant.
Derrière nous des bruits de pas... La terre se remettait enfin à tourner.
Nous prîmes le petit déjeûner comme certains prennent l'apéro: trop longtemps... Tandis que les adultes (oui, désolé je renacle
encore à m'inclure à cette communauté...) semblaient se plaire en pyjama et en vêtements froissés de la veille, j'entrepris de fuir la table sous le prétexte falacieux d'enseigner aux
deux jeunes les rudiments du badmington.
Je n'en eus pas le temps. Une twingo noire se dessina dans l'allée... Je savais qui elle convoyait, mais le soleil
m'empêcha de mettre un visage sur cette apparition... Le moteur stoppa, la portière s'ouvrit et découvrit une silhouette ravissante, élancée et longiligne, aux jambes délicatement
fuselées et enveloppée par une étroite robe d'été bleu pétrole...
Manuela se tenait devant moi, elle avait changé... Mais le sourire émerveillé teinté d'enfance qu'elle m'adressa inversa le sens des
aiguilles...
Nous marchâmes l'un vers l'autre sans rien dire... Un regard peut résumer bien des choses que les mots ne savent
exprimer...
Je ne pris réellement conscience de mon état que lorsque la maison fut en vue... J'étais en nage, la gorge irritée par la rudesse de ma respiration, les
muscles noués par deux kilomètres de course. Mon front ruisselait et la sueur y avait plaqué quelques mèches rebelles à l'effort...
Je repris haleine à l'ombre de la grange qui marquait l'entrée du hameau, histoire d'entrer en scène avec un minimum de dignité (de superbe? N'y pensez même
pas!). De ma cachette ombragée je vis garée devant la maison le bon vieux monospace familial que je leur avait toujours connu... Ils n'avaient pas changé... Malgré tout l'argent qu'ils
possédaient, changer de voiture était resté une idée superflue. C'est qu'une bagnole, ça fait jamais que rouler... Les bagages étaient toujours là, envahissant les banquettes et faisant
bomber dangeureusement la lunette arrière... Le circuit de refroidissement de cette antiquité vrombissait péniblement dans l'air chaud et sec de ce milieu d'après-midi.
Allez... c'est parti.
J'entrai dans le jardin, passai le portail, effectuai sur les dalles de la terasse les quelques pas qui me séparaient de l'entrée... Une volée de rires éclata depuis le
séjour, libérant ses auteurs de l'excitation des retrouvailles...
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Parmi ces rires... ...Il en manquait un... ...Le plus important... |
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Manuela n'était pas là je devais m'y résoudre. Je décidai de faire bonne figure malgré tout pour ne pas faire subir à nos hôtes mon désarroi.
Je franchis la porte. Ils étaient tous attablés là, six mines réjouies et joviales, six paires d'yeux qui se rivèrent sur mon sourire figé, sur mes sourcils
relevés d'une surprise feinte...
Je m'attablai avec eux, essayant de garder un débit rapide en enjoué pour me confondre dans l'ambiance festive... On me servit un bière dont je n'avais pas envie et on me
posa des questions sur une vie qu'il m'apparaissait soudainement futile d'exposer... Mais pendant que je me débattais avec moi-même, il arriva quelque chose qui me réchauffa le
coeur...
C'était ma soeur...
Elle était sagement assise à l'angle opposé de la table, le soleil dans le dos... Je vis tout de même son petit visage. Elle me fixait. Elle m'entendait sans
m'écouter. Elle avait compris. Elle tordit sa bouche en un petit sourire tristounet et haussa les épaules à mon encontre. Sans ironie, sans moquerie... Je lui tendis un sourire
reconnaissant... A cet instant elle devait être aussi triste que moi. Cette attention sincère et spontanée termina de me briser le coeur mais m'aida à surpasser l'épreuve du
alors-kess-ke-tu-deviens qui m'était imposée...
Alors que j'expliquais péniblement mon cursus universitaire à Jean-Pierre (le père), celui-ci rebondit sur un de mes propos et lâcha négligemment:
- Ah tiens? Alors comme ça tu t'intéresses un peu aux civilisations anciennes alors? Manuela aussi. Justement là elle est partie
visiter une expo à Paris. Mais elle t'en parlera mieux que moi, elle nous rejoint demain...
- ...
A ce moment mon coeur rata un battement... De l'autre côté de la table, le sourire de ma soeur éclipsait le soleil qui brillait dans son dos...
Sale gosse...
Vivement demain...
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Désolé pour l'attente... Je n'ai pas la prétention d'avoir un blog indispensable -loin s'en faut- mais j'ai plaisir à savoir que quelques personnes attendaient la suite. Je
serai plus assidu après ce mois sabbatique qui ne l'a été que d'un point de vue bloguiste et se résume à une longue période d'ascétisme et de recherches peu fructueuses aux
archives d'une bibliothèque poussièreuse... J'en ai profité pour prendre de l'avance côté illustrations. Merci d'être fidèles au rendez-vous! |
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