A partir de l'annonce de la nouvelle, le temps s'accélera et avec lui les battements de mon coeur dont chaque pulsation attaquait le
décompte des secondes qui me séparaient des réponses à mes questions...
Je tentai d'occuper ce délai en masquant mon impatience à mon entourage... En vain. Le repas du midi fut une réelle torture.
Immanquablement, la conversation s'orienta vers l'arrivée imminente de nos hôtes, accompagnée bien sûr de toutes les prospections possibles sur les changements que l'on
pouvait attendre chez ceux-ci... "Il doit pas être loin de la retraite" ... "Elle non plus." ... "Le petit doit être au collège maintenant" ... "Tu crois qu'il est toujours dans la même
boîte?" ... "Qu'est-ce qu'ils fumaient tous les deux" ... Rien de fâcheux en somme, jusqu'au moment où ...
Ma mère: "Qu'elle était belle la petite quand même!"
Mon père: "Rassure-toi elle doit toujours l'être."
Ma soeur: Coins des lèvres qui frisent...
Mon père: "Elle te plaisait bien Manuela si je me souviens
bien...
-moment de solitude-
Ma mère: "On s'en doutait tu sais, tu peux nous le dire, il y a prescription."
Moi: "La prescription, c'est 10 ans après..." (Quelle répartie cinglante...)
Ma soeur -sortant de sa réserve pour asséner le coup de grâce, sourire carnassier- : "Donc
tu l'aimais!"
Moi: "Non, j'ai pas dit ça..." (Argument imparable Votre Honneur, je demande
un non-lieu pour mon client... La séance est levée...)
... J'hallucinais. En deux phrases j'étais revenu 10 ans en arrière, au temps où les parents s'immiscent pataudement dans
votre intimité, croyant bien faire, et vous ridiculisent en voulant vous mettre à l'aise... Je ne pouvais même pas leur en vouloir! Je m'étais enferré tout seul comme un grand dans cette
situation... Le souvenir des vacances passées avait ramené mes souvenirs, mais il avait aussi ranimé un parfum de jouvence chez les miens qui leur faisait oublier qu'entre temps j'étais
sorti de l'adolescence (pensais-je...).
La journée passa donc à grand renfort de calembours vaseux contre lesquels je n'élevais qu'un sourire contrit... Je m'isolais avec un bouquin, chose qui ne m'était
pas arrivée depuis longtemps, parcourant la nature alentour pour retrouver un peu d'intimité...
Cela faisait une éternité que je n'avais plus parcouru la campagne alentour... Mes dernières visites s'étaient résumées au mutisme informatique du cloître de ma
chambre. Au cours de ma promenade, j'errai comme le voyageur foulant après un long voyage les chemins qui ont changé sans l'attendre. Ici un bosquet avait disparu, là une ancienne
ferme avait fini de se délabrer, plus loin des chemins de terre avaient cédé la place à des bouquets de ronces conquérantes... Plus de choses avaient disparu que de
nouvelles avaient éclos... Laissant mon esprit s'égarer dans ce paysage sinueux, une pensée folle de gamin de dix ans y fit surface: "ces choses avaient disparu parce que je
les avait oubliées, elles étaient mortes de n'avoir été appelées dans l'esprit de personne." Je savais pertinement que ce raisonnement était absurde, mais je laissai sa mélancolie guider mes
pas le longs des chemins oubliés, à la recherche des endroits qui avaient abrité ma jeunesse... Je m'enfouis aux confins d'un bois sombre et humide pour déboucher dans une petite clairière
en soleillée... Et je le vis.
Il avait changé, mais c'était toujours le même... La tempête de 99 ne l'avait pas épargné, pourtant la cabane était toujours là, blessée
mais inamovible, cette cabane dont chaque fibre était le fruit d'un larcin que Manuela et moi avions perpétré chez le quincailler du bourg (il devait s'en douter le vieux bougre, mais il ne nous
disait jamais rien... Paix à son âme.) ... Je m'approchais de ce vieux pommier au feuillage clairsemé qui ne donnait plus de fruits, et j'aperçus à travers ses branches ce qu'il cachait au reste
du monde...
Lui ne m'avait pas oublié...
Il me rappela les rigolades et les disputes, les jeux et les
bagarres, les colères et les pardons, les baisers et les morsures, les cris et les chuchotements complices, l'excitation les découvertes et l'ennui bienfaisant de la farniente, le monde refait
chaque jour et détruit autant de fois... Les quêtes imaginaires, la contrebande de cigarettes, le frôlement de deux corps frémissant d'excitation autant que d'appréhension, les silences tendres
après les hurlements...
Enfance, innocence, adolescence, errance... Silence...
Les branches ployaient sous le poids des
souvenirs attachés au tronc du regret... Je compatis à sa peine comme à la mienne et m'adossait à lui pour briser sa solitude... Je parcourus le livre que j'avais en main, une heure deux
trois, peut-être plus... Je ne sais même plus de quoi il parlait... Ma lecture n'était pas d'encre ce jour là, elle était de vent, de feuilles bruissantes, d'aboiements lointains, d'odeurs
de la terre humide...
Au loin un moteur rompit le silence... Puis un coup de klaxon... Puis deux... J'avais déjà refermé mon livre depuis longtemps...
Une fois n'est pas coutume, je sors de ma bulle égocentrée pour vous parler de quelqu'un d'autre que
moi...
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J'ai l'honneur de pouvoir ici vous présenter ma
modeste contribution à un blog qui n'en a pourtant pas besoin: celui d'Emma. Je pourrais avoir la prétention de décrire ce blog et ses lumineuses photos qui
jalonnent le parcours d'Emma vers elle-même, mais ce serait inutile...
Allez voir par vous-même, et si votre attention se trouve d'abord monopolisée par les clichés de la sublime Emma, que cela ne
vous incite à lire les fragments de vie qu'elle dépose autour à votre intention...
Emma, ta "Splendeur Cachée" se révèle peu à peu, merci de savoir nous offrir de la magie et de l'émotion sans jamais les pervertir...
Bêêêêh amicaux et admiratifs à toi et ton ange gardien!
La suite des quelques jours passés en famille me fit beaucoup plus de bien que ce que j'aurais pu croire. Pour un temps je me suis éteint
du vacarme duquel je m'étourdissais habituellement, téléphone et ordinateur portables baillonés et abandonnés aux pieds d'une valise vidée en hâte...
Là où je croyais devoir égrener les secondes d'un séjour interminable, je me suis surpris à reprendre goût à des choses simples que je pensais si pathétiques il y a
peu... discuter, rire, se promener et ouvrir aux autres, aux siens une petite porte donnant sur son existence... tout le monde se montra très agréable avec moi... Mais était-ce seulement eux qui
avaient changé? N'avaient-ils pas toujours été ainsi, attendant simplement un regard, un sourire, un appel?
A la redécouverte du plaisir d'être avec ma famille, je découvris également à quel point j'avais pu être aigri, antipathique et égoïste depuis quelques années, à quel
point j'avais pavé mon univers de problèmes que je croyais être le seul à avoir et donc à comprendre... Et qui en définitive étaient incroyablement anodins et ridicules... Avoir tout le temps le
"spleen" pour se donner une épaisseur... Que de temps gâché à l'intérieur de moi-même...
Ces cinq jours confirmèrent la transformation qui avait commencé de s'opérer... Ils tiraient paisiblement à leur fin lorsque ma soeur est
venue m'annoncer de manière toalement incohérente ce qui la mettait tant en joie: mes parents avaient invités les H..., la famille qui avait partagé nos vacances pendant 15 ans dans la location
d'en face... Ils avaient accepté... Ils arrivaient demain matin...
Voilà 7 années que je ne
les avais plus revus. Je les revis tout à coup, eux deux et leur amour inconditionnel de la nature et des balades en kayak, leur jeune fils qui à l'époque marchait tout juste assez pour devenir
sacrément emmerdant, et leur fille, Manuela... Dont la présence à mes côtés avait illuminé 15 étés de ma vie...
Il me revint également à l'esprit ce jour de juillet où en descendant de voiture, à la fenêtre où se trouvait immanquablement Manuela qui attendait mon arrivée, était
placardé une pancarte "A VENDRE", deux mots en majuscules épaisses et opaques qui avaient dressé un mur infranchissable entre nous et avaient hanté l'ennui des vacances
suivantes...
Le souvenir de Manuela me submergea totalement, je repensai à nos jeux d'enfants, à notre entrée dans l'adolescence, belliqueuse puis complice... A nos secrets, notre
intimité... Tout ça brisé en quatre coups de marteau...
C'était certainement pour cela que je me faisait plus rare dans cette maison de vacances... Tout ce qui vivait autour avait été rasé du
jour au lendemain...
Mais serait-elle seulement là demain? Si elle manifestait autant d'égards aux rassemblements familiaux que moi ces derniers temps, probablement que non...
Aurait-elle changé? Bien sûr que oui, quel con... Et...
Je m'aperçus alors que ma soeur était toujours là et qu'elle ne perdait pas une miette des remous que mes pensées créaient sur mon visage... Elle eut le temps de se foutre copieusement de ma poire avant que je ne la chasse d'un magistral lancer de traversin...
Attendons demain, on verra bien...
Une fois Alice partie, je dus à mon tour songer à mon départ... Plus rien ne me retenait maintenant à Bordeaux et je vis lors de mon départ que j'avais
juste de quoi payer les suppléments de l'hôtel où j'avais séjourné...
Heureusement pour moi arrivait ce court moment des vacances que j'allais passer avec le reste de ma famille... Peut-être cela aurait-il avoir au moins
l'avantage de limiter mes dépenses pour quelques jours...
Je partis donc de nuit pour ne pas être indisposé par le flux poisseux des vacanciers en quête de verts patûrages... Le peu d'attention que nécessitait la conduite me
permit de m'évader en moi-même, une bribe de conscience restant braquée sur la ligne blanche qui fuyait devant mes roues...
Je repensai à Alice et à ces quelques jours si courts... Aux sensations, à l'exaltation, à mes craintes, à mes nouvelles certitudes... A moi... Il
m'apparût alors que le fil de mon existence s'était épaissi depuis cette semaine... Lui qui était si mince avant, invisible. Je me rendis alors compte que je n'avais rien vécu du tout
jusque-là... Le défilement de l'asphalte a sur moi ce doux effet d'égaliser la portée des émotions, des pensées. Ce constat n'appela en moi aucune amertume, aucun ressentiment, aucune
urgence, juste un constat d'une lucidité et d'une franchise dont je n'avais pas fait preuve avec moi-même depuis longtemps...
Je n'avais rien vécu...
La vision de ma petite vie étriquée s'imposa alors à moi comme une évidence... Une autre vision l'accompagnait, encore floue mais déjà tenace, et s'y
superposa pour l'éclipser. Il fallait tout changer, maintenant, mais pas comme avant, pas encore une de ces promesses silencieuses que l'on se fait pour se rassurer et qui font
tant rire notre inconscient... Non quelque chose de plus consistant, de plein, de palpable... J'avais des désirs, des envies, des aspirations, des fantasmes, des rêves que j'avais enfouis
dans une boîte voilà bien longtemps, les croyant inaccessibles parce que réservés à d'autres que moi...
Ce soir-là, sans le savoir, j'avais rouvert la boîte pour en répandre le contenu entre mes mains...
En quittant l'autoroute, je réalisai enfin que le plus court chemin entre deux points était rarement le plus agréable... J'étais une autre, j'étais le même, j'avais les
mêmes espoirs et les mêmes peurs devant la vie, mais je oserais maintenant les affronter... Et non les subir...
Dans le poste de radio, quand je suis arrivé à destination, se sont dessinés les premières notes de "Tender" de Blur... J'en ai attendu les
dernières avant de couper le contact...
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Ouf! Me revoici revenu dans mes chaudes pénates après des congés de fin d'année aussi éprouvants que réussis. Mais ça je vous le
raconterai dans une trentaine de mois vu le retard que j'accumule dans ce blog...
J'ai donc 5 magnifiques jours de retards et vous souhaite tout de même une
J'espère que la fin de votre année 2007 a été:
- MOINS pourrie que la mienne d'un point de vue strictement matériel...
- AUSSI épanouissante et surprenante sur le plan charnel et affectif.
... Et surtout que vous saurez aller chercher au plus profond de cette nouvelle année ces petites particules d'extase si rares et excitantes qui rendent plus supportables la masse
redondante des autres jours...
Petites pensées amicales à ceux qui me suivent et m'encouragent:
Emma, je te souhaite de continuer le chemin que tu as entrepris dans ton épanouissement, tu es si proche du sommet de la montagne, et
la vallée merveilleuse qu'elle cache saura te combler, toi et ton ange gardien. Bonne année!
Cabaleiro, entre toutes choses:
reviens! Je ne sais trop quoi te souhaiter car tu es volontairement insaisissable, alors je te souhaite [écrivez votre voeu ici]... Et reviens vite
car tes textes me manquent!
Flo's, je te souhaite d'enfin répondre à mes posts après m'avoir assassiné dans les règles... ^^ . Bonne année à toi et à ton
matou (j'allais mettre et à ton bûcheron, mais je ne suis pas sûr qu'il sache couper du bois...)
Bon voilà voilà, c'en est fini de ce début d'année où les bons voeux qui sonnent creux résonnent dans les bouches jusqu'à en perdre toute saveur... J'aime pas Janvier...
Pourquoi? (question rhétorique obligatoire puisque tout le monde s'en fout), parce que la barre de téléchargement de 2008 affiche 1%, et ça c'est nul il faut tout recommencer, et en plus se
pressent à votre porte, dans votre portable et votre boîte mail une foultitude de gens que vous avez perdu de vue et qui voient à travers les voeux de Nouvel An la panaccée universelle pour
raviver une flamme depuis lontemps éteinte... Voilà pourquoi... Ici au moins c'es cool, on sait pas qui ch'uis!
Enfin bon, Janvier n'est pas si nul que ça, car en ce qui me concerne je continue d'y fêter Noël... Entre amis et entre amants. Vu que le 24 est familial, il faut
reporter à plus tard les petites offrandes qu'on se fait en dehors du cercle de la famille... Cette année, le Père Noël a été sympa avec moi même si je n'ai pas été très sage...
Mais j'ai été comblé par ce que m'ont apporté les mères Noël pour ne pas être sage avec elles...
J'ai re-réveillonné avec deux filles dont le nom avait jusqu'alors juste été évoqué... La première, Marie, avec qui nous avions prévus une soirée
coquine... Et la seconde, Clothilde, qui est venue le lendemain à l'improviste pour me prodiguer ses bons voeux pour 2008... J'en parlerai plus tard, mais voici quand même ce qu'elle m'ont
apporté, pour vous faire une idée...
Marie m'a apporté plusieurs cadeaux, même si beaucoup étaient pour elle...
Clothilde, le lendemain, s'est montrée plus classique... Mais tout aussi persuasive!
La suite ... En 2008!
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