Sur le chemin du retour, Caroline et moi n'avons pas échangé le moindre mot.
Elle avait repris la mastication de son chewing-gum (je me suis d'ailleurs demandé par quel mystère il avait bien pu reparaître, mais bon...), pensive devant le
paysage...
Pour ma part j'essayai tant bien que mal de m'intéresser à la route, tentant d'oublier la honte due à mon anormale bestialité ainsi que le vide douloureux qu'elle
laissait dans mon entrejambe...
Elle était restée à l'arrière, brisant seulement ce profond mutisme lorsqu'une intersection venait fendre la route.
Une dizaine de minutes saturniennes plus tard, elle nous fit déboucher dans un quartier pavillonnaire assez propret dont je n'avais jamais soupçonné l'existence, et me
fit stopper devant une habitation neuve aux proportions confortables toute de briques et de bois. Sentant mon étonnement, elle dit comme pour s'excuser qu'elle n'en louait que la moitié, le
rez-de-chaussée étant exclusivement réservé à une collègue qu'elle connaissait à peine.
"...Louait..." = argent, autonomie
"...Collègue..." = travail
Ces deux mots suffirent à me faire ravaler mes préjugés sur la personne: le chewing-gum, le tatouage, les
postures, le rodéo dans la voiture... Je pensai piteusement que si Caroline s'était livré au même petit jeu des indices, je devais moi aussi figurer dans une bien piètre case de l'inventaire du
genre masculin... Peut-être à plus juste titre.
Miséricorde.
Je la saluai nonchalamment tandis qu'elle s'apprêtait à s'envoler vers d'autres horizons. Cela eut pour effet de stopper son élan. Elle se tourna vers moi et m'offrit
avec la plus grande simplicité de prendre un café et une douche "dont on avait bien besoin tous les deux...sic". Proposition aussi soudaine qu'inattendue à laquelle j'acquiesçai comme un poisson
hors de son bocal...
Chassez le naturel... Les déductions allèrent de nouveau bon train dans ma cervelle embuée.
Eh bien non. A mon grand étonnement (soulagement?), la proposition n'avait rien d'ambigü. Nous prîmes nos douches séparément, et elle me procura de quoi mener à bien
cette entreprise avec une douceur méthodique, allant même jusqu'à me prêter un peignoir de sa collection personnelle. (Oedipe! Couché!)
Enturbané de soie noire, je la rejoignis dans le vaste canapé devant lequel était dressée une petite table en verre où reposaient deux tasses fumantes de café à la
noisette.
Mon hôte, superbe de satin, peau et cheveux encore humides, m'offrit de m'asseoir. Je m'assis donc.
L'intérieur de la pièce était meublé avec parcimonie, mais l'unité qui en émanait procurait à l'ensemble une douceur toute orientale. Caroline attendit poliment que j'eus
goûté le café (délicieux) avant de rompre le silence.
Et nous parlâmes jusqu'à l'aube...
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