C'est là que j'appris réellement à connaître la jeune femme. L'échange fut nourri du sel de nos existences, agrémenté de rires et de silences... (aux antipodes des
discours de ma malheureuse rencontre de début de soirée). Caroline avait quitté son chewing-gum et avec lui l'épaisse carapace qu'elle m'avait toujours proposée. Ses traits trouvèrent à mes yeux
une finesse insoupçonnée et son regard une présence autrement plus subtile...
J'appris en substance que ladite carapace était l'oeuvre involontaire de Fred qui avait voulu maintenir le lien entre elle et sa Sophie. (Aaah... Fred. Bref.) et qu'elle
s'en drapait uniquement pour investir ces soirées que les vestiges d'une amitié lui imposaient. (compliqué les filles... Bref.) Elle rit de bon coeur quand je mentionnais la parade nuptiale
qu'elle avait entreprise au night-club et m'expliqua que tout accaparé que j'étais à ce moment j'avais dû louper la tête prudement horrifiée de Sophie devant pareille débauche (vestiges d'amitié
hein? Bref...)
Ce court sujet épuisé nous glissâmes doucement sur le lit tortueux de nos vies, épreuve assez convenue dans une rencontre mais si riche de surprises. Elle me conta sa
propre histoire, de son père qui les avait quittées elle et sa mère alors qu'elle n'avait que 6 ans, de la farouche quête d'indépendance qui en avait découlé, de son entrée précoce dans un milieu
professionnel essentiellement masculin où elle avait dû essuyer nombre de remarques sexistes et de regards libidineux avant de s'affirmer...
De toute évidence elle avait vécu bien des expériences comparé à moi... Je me sentis comme un premier communiant - que je n'avais d'ailleurs jamais été - devant
cette icône de force et de détermination... Malgré cela elle m'écouta avec beaucoup d'attention, et fut très amusée quand je lui dépeignis le manque d'assurance et de décision qui avait trop
souvent caractérisé ma vie.
La conversation prit un tour inattendu lorsqu'elle aborda sans détour notre chevauchée nocturne...
Elle me complimenta d'abord (ce qui me plongea vous vous en serez doutés dans un embarras rougissant) pour ce qu'elle avait ressenti, exprimant les attentes, les
frissons, les effusions avec des mots simples et naturels... Elle s'extasia devant la libération animale ("sic") par laquelle je l'avais surprise et "ravagée de plaisir" (double rougissement). Je
lui livrais alors mes propres impressions, d'abord hésitant. Elle accueillit l'aveu de mon manque d'expérience avec une surprise ironique tandis que je m'excusai de mon manque de retenue devant
les envies qu'elle avait suscitées en moi...
- Ne t'excuse pas, c'est ça qui m'a plu.
- Ah... Pourtant...
- Je ne me serais pas laissée faire sans ça. Je voulais voir jusqu'où tu pouvais
aller.
- ...
- C'est ça qui m'excite... La transformation. Tu vois, la plupart (la plupart !?) des hommes prennent
sans jamais donner... ou alors vite -et donc mal- pour la forme. Et encore, pas tous! Et ce qu'ils prennent, ils le prennent sans modulation, aussi vite et mal que le reste... C'était mignon
(!!!) de te voir t'appliquer sur moi...
- Mignon...?
- Te vexe pas, c'est plutôt un compliment... Oui, tu es un timide! Un fougueux-timide! (rire).
Tu sais je n'ai pas souvent eu la chance d'atteindre l'orgasme avant l'autre, il m'est même parfois arrivé de devoir me débrouiller toute seule comme une grande! Mais toi on aurait dit que tu
t'interdisais de profiter sans contrepartie. - pause, elle me sourit - C'est pour ça que je t'ai obligé à recommencer.
- ???
- Pour que tu prennes en même temps que tu me donnes, à ta manière... Tu t'es pas mal débrouillé du tout. Un peu tendu c'est
tout.
- Tendu ?
(Oui, je sais, je sais... Le lecteur avisé aura remarqué que je ne fais que répéter les qualificatifs de ses fins de phrases... Mais vous me pardonnerez si j'ai un peu
perdu de ma superbe lors de cette conversation qui fut pour moi la première du genre... Je ne suis pas coutumier du fait que mes toutes fraîches conquêtes dressent mon "profil sexologique" en
décortiquant mes prouesses d'alcôve...)
- (Rire). Un peu oui... Mais tu as su te lâcher après,
c'était...
- Oui, euh, je suis désolé.
- Ne le sois pas... Et puis il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Ca m'a flatté que tu te prennes au jeu. (Bon...
J'insiste pas.) Si ça méritait des excuses, je ne t'aurais jamais fait monté ici. (oui c'est pas con.) D'ailleurs tu es bien le premier! (Ah bon? Comment dois-je le prendre...)
Et voilà, je venais, pour la première fois de ma vie (et quasimment la seule), de parler ouvertement de sexe avec une créature du beau sexe... J'en fus tout retourné. Caroline avait été surprenante du début à la fin... J'admirais son indépendance, son audace, sa maturité. Elle ne faisait que ce qu'elle trouvait valable de faire il se dégageait une impression de plénitude telle qu'elle n'en était que plus désirable... Et inaccessible.
Nous parlâmes encore de tout et de rien. De notre façon de meubler les congés, de notre goût commun pour les films des frères Coen et les B.O. un peu pourries, de
littérature, d'art et que sais-je encore... En tout cas, nous ne parlâmes pas d'avenir et quand l'astre pointa son nez j'allai renfiler mes frusques dans la salle de
bains.
Tandis que mon jean remontai mes jambes avec la douceur du papier de verre, Caroline s'encadra dans l'embrasure de la porte avec une moue de regret.
- Tu dois déjà y aller?
Je lui souris.
- Oui, parce que "fougeux-timide" c'est bien. "Collant" ça casserait un peu tout. Je te remercie pour la douche et le café... Et pour la soirée.
- Mmm...
- ...?
- Rien. Je m'étais dit que tu passerais la nuit avec moi. (Elle se tourna vers les volets où
filtraient déjà les premières lueurs de l'aube, un sourire désabusé aux lèvres) Enfin, que tu ne me laisserais pas dormir toute seule, juste pour finir la soirée... En bon fougueux
timide.
- Mmm... Pfff! (Sourires)
Je quittai mes vêtements une dernière fois et réintégrait le peignoir qu'elle me tendait.
Bises
Le peignoir est très confortable, je l'ai remis une bonne vingtaine de fois depuis.
Bises!
Bêêêêêê^h!
Attention au peignoir, il va être usé à certains endroits!